Marcel Bascoulard : une vie en marge au coeur de Bourges

Dans les années 60, quand on se promenait dans le vieux Bourges, il était difficile d’échapper à Marcel Bascoulard qui hantait le centre ville avec son tricycle et ses crayons. Dans ce très bel album Frantz Duchazeau revient sur cet artiste fantasque et confirme son goût pour les personnalités atypiques.

Dans les années 60 Marcel Bascoulard est une figure du vieux Bourges.

Côté pile, une sorte de clochard accoutré en femme et dégageant une odeur pestilentielle. Bascoulard vit au milieu de chats, dort dans une cabine de camion installée dans une décharge et se promène au volant d’un tricycle de sa fabrication.

Côté face, un artiste, immense dessinateur et poète à ses heures. Bascoulard dessine le vieux Bourges, un monde qui dans ses années est en train de disparaître.

Un dessinateur hors-pair mais un artiste maudit

Son trait précis et hyper réaliste séduit les amateurs qui achètent ses travaux pour quelques pièces et font sa renommée. Une exposition est organisée en 1976 et un jeune journaliste radio débarque de Paris pour l’interviewer. Stéphane Collaro, puisque c’est de lui dont il s’agit, dira avoir fait là sa plus belle interview. En fait, elle causera la mort de Bascoulard, faisant croire à beaucoup que ses dessins lui ont permis d’amasser une jolie fortune. Évidemment il n’en est rien. Bascoulard méprise l’argent, méprise la célébrité comme il méprise ses dessins. Pour lui il n’y a rien d’artistique là dedans, il s’agit juste d’un travail d’artisan qui répond à des commandes de clients dont il ne partage pas les goûts. “Les gens s’émerveillent bêtement du réalisme de mes dessins “ Alors que lui, ce qui le rend fier, ce sont ces dessins abstraits 

Marcel Bascoulard sera assassiné le 12 janvier 1978

La mort arrive, elle rôde, rampe, glapit” écrit Éric Duchazeau qui signe ce magnifique album et dont le trait reprend le style de Bascoulard.

Au delà de cette histoire tragique, de la bêtise et de la jalousie de certains, je veux surtout retenir tous ces braves gens qui n’ont pas eu peur de se lier d’amitié avec lui, d’aller au delà de l’odeur, au delà de cet accoutrement et qui éprouvait un immense respect pour Monsieur Bascoulard. Ce boucher, cette couturière, ce photographe, ils avaient compris que Bascoulard embellissait leur ville par ses dessins mais aussi par sa présence fantasque. 

Le précédent album de Duchazeau était consacré à Robert Johnson, un pionnier du blues, une sorte lui aussi de clochard céleste. On retrouve ici la même beauté du dessin et des textes mais aussi le souci de s’intéresser à ceux qui s’éloignent de la norme.

➡️Bascoulard de Frantz Duchazeau est publié chez Sarbacane

➡️Dans cette émission Effervescence sur RCF vous pourrez retrouver l’entretien que m’avait accordé Frantz Duchazeau à l’occasion de la sortie de son précédent album. C’est par ici.