« A la frontière du vivant « : des scientifiques au travail dans le parc des Ecrins

🔴Nouveauté BD : « A la frontière du vivant », une BD en haute montagne pour rendre hommage à la recherche scientifique et s’inquiéter de la préservation d’écosystèmes rares et précieux.

 Jeanne est journaliste, c’est aussi une alpiniste chevronnée. Elle traverse une période difficile après avoir vécu un drame dont nous ne dirons rien ici, à part qu’elle est usée d’évoquer la montagne sous l’angle de la mort.

 La haute montagne, en effet, ressemble parfois à un cimetière. On ne s’approche pas impunément de certains de ses versants. La vie peut s’arrêter brutalement sous la chute d’un bloc ou au fond d’une crevasse. Mais Jeanne a besoin de vivre, il lui faut sortir de cette aspiration mortelle. 

A la découverte de la flore de haute montagne

La fascination pour la montagne n’est pas uniquement l’amour du risque. C’est ce qu’elle va découvrir en s’attachant à un groupe de scientifiques qui étudient la faune et la flore du parc des Écrins. Des passionnés qui observent les petites plantes et les petites fleurs qui poussent à plus de 3500 mètres. Cette “avant-garde poétique” dont parle Jean-Marc Rochette dans la préface de cet album. Jean-Marc Rochette est un auteur de bande dessinée mythique, à qui l’on doit Le transperceneige mais surtout Ailefroide. Il est aussi un des hôtes de cette montagne, un de ses plus fervent admirateurs. Il en connaît la beauté mais surtout la face obscure et mortelle.

Des scientifiques qui prennent soin du vivant

Pour Jeanne, redécouvrir cette montagne avec ces chercheurs, c’est aussi une façon de se découvrir autrement, autrement vivante, car tout dans leur façon d’être et de travailler appelle à la vie.

“A la frontière du vivant  » est signé de la dessinatrice Cécile Guillard et du botaniste Cédric Dentant. La frontière du vivant c’est bien sûr ce qui sépare la mort de la vie mais c’est aussi ce qui réunit toutes les espèces humaines et non humaines. 

Cette BD est un hommage à la science et aux scientifiques, une célébration de la recherche en plein air. Ces hommes et ces femmes documentent l’extinction du vivant mais aussi son incroyable résistance. Telle cette petite plante rarissime qui ne pousse en France que dans une unique petite anfractuosité connue et repérée par ces chercheurs. Avec Jeanne, on les suit pour participer à un inventaire biologique communal pour recenser tout ce qui vit sur le territoire d’une commune. Pourquoi avons-nous besoin de tout nommer, de tout contrôler et de  tout maîtriser ? se demande Jeanne ? qui va au fil des pages s’interroger toujours plus sur notre relation aux vivants. L’humain est un animal classificateur  apprendra-t-elle …

Histoire des plantes, histoire des hommes

Et nous on découvre que parler de la flore, c’est aussi parler de l’histoire climatique des Alpes, de l’évolution des glaciers. Les plantes ne sont jamais là par hasard, elles traduisent un sol particulier dans un climat particulier, explique ainsi un des chercheurs qui intervient dans l’album.

Et c’est vrai qu’on y croise de nombreux scientifiques et je voudrais retenir cette citation de l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi. C’est un peu la morale de l’histoire “Ce qui m’intéresse, c’est d’enrichir le vivant que je suis avec le vivant que j’observe “ enrichir au sens spirituel et surtout pas dans un esprit de prédation.

L’album se termine par un dossier documentaire bienvenu pour recenser toutes les espèces de fleurs croisés dans l’album : la saxifrage à feuilles opposées, cette plante la plus haute de France fut observé dans le Parc national des Écrins à 4 070 m, mais aussi la renoncule des glaciers, la serratules des teinturiers, l’androsace pubescente ou la Benoîte de Céüse

Un album qui nous plonge dans un paradis des grimpeurs là où rode la mort mais là aussi où la vie, aussi minuscule soit-elle, peut éclore.

➡️A la frontière du vivant de Cécile Guillard et Cédric Dentant est publié chez Futuropolis

➡️Sur la haute montagne, je vous recommande aussi la dernière bande dessinée de jean-Marc Rochette La dernière reine publiée chez Casterman vous pouvez écouter par ici la chronique que je lui avais consacrée sur RCF.