En France, plus de 60% des communes ne disposent d’aucun commerce de détail. On commence même à parler de déserts alimentaires avec plus de 6 millions de personnes vivant à plus de sept minutes en voiture d’une petite surface alimentaire.

A six mois des élections municipales, un collectif d’associations se mobilise pour tenter de faire de la démocratie alimentaire un enjeu de la campagne. Il s’agit que tous les administré.e.s aient accès à une alimentation durable et de qualité. Les maires, sans avoir de prérogatives en matière d’agriculture et d’alimentation, ont la possibilité d’agir.
Déjà l’an passé le Secours catholique s’était associé à la Fédération française des diabétiques, aux CIVAM et à l’association Solidarité paysans pour souligner l’injuste prix de notre alimentation. Ensemble, ils dénonçaient le coût pour la société et la planète de la piètre qualité de ce que nous mangeons, avec des conséquences sur notre santé, sur la biodiversité mais aussi sur la situation sociale des agriculteurs.
Aujourd’hui autour du Secours catholique et d’Action contre la faim, une dizaine d’associations déclinent dix recommandations à destinations des maires pour faire des communes des acteurs de cette démocratie alimentaire. Ces recommandations concernent la production agricole, le commerce, la restauration collective, la publicité comme l’accompagnement des consommateurs.
A chaque niveau, les municipalités peuvent agir en encourageant des pratiques vertueuses et en étant elles-même porteuse de projets innovants et qui vont dans le sens d’une alimentation saine, durable et de proximité. Des collectivités sont déjà engagées dans cette démarche : on trouve ainsi une ferme municipale à Limoge et dans le village de Lagraulet-du-Gers, une maison de l’alimentation durable et de l’écologie populaire à Grande Synthe. La ville de Cherbourg-en-Cotentin a elle sécurisé sa ceinture verte en mobilisant tous les leviers d’urbanisme disponibles. La ville de Gardanne soutient une épicerie en mixité sociale c’est à dire ouverte à tous mais avec des tarifs différenciés. A Dieulefit, c’est une caisse alimentaire locale qui a été créée et à Bondy, le projet « Du Potager à la Marmite » regroupe deux jardins partagés et trois cuisines collectives.
Associer les plus précaires, ceux qui sont les premières victimes de la malbouf est une dimension essentielle de ce plaidoyer. Le court métrage Renverser la table de Ninon Lacroix témoignent ainsi de la pertinence de mettre en place des groupes de parole autour du droit à l’alimentation. On y voit des personnes en précarité raconter leur difficulté pour réussir à se nourrir avec des aliments de qualité, expliquer quels trésors d’ingéniosité elles doivent déployer pour faire rentrer leur course dans leur budget et s’inquiéter des conséquences pour leur santé mais aussi pour la nature de ce qu’elles sont contraints d’acheter.
Les associations ont maintenant six mois pour faire connaître leurs dix recommandations pour un accès digne à l’alimentation durable et de qualité pour toutes et tous.