🔴Nouveauté BD : Un auteur de BD qui est aussi berger nous embarque avec lui dans les estives avec ses brebis. Bienvenue dans Démontagner de Maxime Cain une aventure contemplative racontée à l’encre noire, une plongée au cœur du troupeau pour découvrir une vie tout proche de la nature.

Direction les Pyrénées ariégeoises où chaque mois de juin depuis dix ans Maxime Cain l’auteur de cette BD prend la tête d’un troupeau de près de 800 brebis et monte dans les estives pour y passer les quatre mois d’été.
Au delà de la carte postale
Dans cet album, il raconte cette vie âpre et solitaire dans un décor sublime et effrayant à la fois. Derrière la carte postale du berger qui mène ses brebis, il y a un métier ancestral très dur. Et pour en rendre compte, le travail de Maxime Cain est tout de noir et de blanc. Un trait impressionnant par sa précision, son aspect cartographique mais aussi par son côté énigmatique.
La montagne c’est le lieu du sauvage.
Et dans cette montagne l’homme est seul face à l’immensité mais aussi face à lui-même. Enfin seul … Au milieu de centaines de brebis quand même. Et d’ailleurs comment fait-on pour compter les moutons ? Oui car impossible de savoir, s’il y en a 789 ou 793. Alors on regarde, on observe, on scrute et on cherche à repérer celles qu’on connaît, les brebis qui ont un truc en plus, avec qui on a une histoire : “La rousse qui clopine, celle a la petite cloche aiguë, son agnelle qui lui ressemble, la pigaille qui s’isole, la gentille, la marron …”
Sur le papier ça donne des pages magnifiques où chaque brebis a sa personnalité et petit à petit on comprend le travail du berger, le lien qui le lie à ses bêtes mais surtout à son chien Finet fidèle parmi les fidèles, seul véritable compagnon de ces mois d’isolement.
Le berger est un taiseux
La montagne c’est la solitude, c’est aussi la peur : la peur du ravin, la peur de l’orage, la peur de l’ours surtout qui a tué tellement cette année.
Démontagner, c’est une BD presque méditative qui invite à la contemplation de la montagne. Cette histoire de transhumance nous parle d’un monde qui s’étiole, d’un rapport aux bêtes et à la nature que nous avons perdu, de la nature aussi qui changé… Ainsi le 27 août Maxime Cain écrit : “ La petite source à côté de l’abri s’est tarit, c’est la première année que ça arrive.”
Démontagner, c’est le nom que l’on donne à la transhumance d’automne quand à la mi-octobre il faut redescendre dans la vallée. Pour le berger, il s’ensuit invariablement un bon mois d’hébétude … Sonné par la puissance de l’expérience, le décalage du retour et la question lancinante : remontera-t-il l’an prochain ?
Démontagner prend alors tout son sens… Et nous on referme cet album encore tout stupéfait d’avoir découvert combien des hommes dans notre pays sont capables de vivre aussi proche de la nature.
➡️Démontagner de Maxime Cain est publié chez Actes Sud BD
➡️Et je vous conseille également une autre BD sur le pastoralisme. Cette fois-ci point d’ours, dans le Limousin sur le plateau de Millevaches, ce qu’on redoute c’est le loup. Au Loup de Troubs est publié par Rackham. Vous pouvez retrouver par là, une chronique que j’avais faite au moment de sa sortie.