La CIIVISE (Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants) organisait ce mercredi 3 décembre un colloque pour faire de la protection des enfants en situation de handicap une priorité collective.

Pendant plus de quatre heures, particulièrement denses, des professionnels et des parents se sont succédés au micro pour évoquer et “penser ce qui bien souvent nous paraît impensable” : l’agression “des plus vulnérables parmi les plus vulnérables. »(Adrien Taqué1)
Une exposition accrue des enfants porteurs de handicap
Aujourd’hui on estime que les enfants en situation de handicap sont trois fois plus susceptibles d’être agressés sexuellement et ce taux monte à cinq pour certains handicaps et on pense en particulier aux jeunes filles autistes.
Comment libérer la parole de ceux et de celles qui ne peuvent parler?
Comment accueillir cette paroles, quand ces questions sont systématiquement minimisées?
Le constat fait l’unanimité, les enfants porteurs de handicap sont bien plus exposés aux discriminations, aux négligences, à la soumission et aux violences. Ces enfants sont donc plus à risque, on parle de vulnérabilités multiples. Leurs agressions durent plus longtemps et le plus souvent, elles ont lieu non pas dans la famille mais en institution. Et pourtant, il y a “une invisibilisation statistique de ces enfants handicapés”. (Michèle Meunier 2)
Appel à la responsabilité collective pour protéger ces enfants
Face à cette défaillance de la société dans la protection de ces enfants, les participants de ce colloque en ont appelé à la responsabilité collective.
Cela passe d’abord par la protection de ces enfants et la mise à l’écart de tous les prédateurs pour qui “ces enfants sont des proies” (Michèle Meunier). Ce qui apparaît comme une évidence ne l’était pas et beaucoup espèrent que l’obligation de présenter un certificat d’honorabilité pour travailler auprès de ces enfants permettra de ne plus embaucher de personnes déjà condamnées. Cette démarche est effective depuis le 1er octobre dernier. Il faut aussi en finir avec l’amendement Creton qui depuis 1989 permet de maintenir des jeunes adultes au sein d’IME quand ils n’ont pas trouvé de place dans des foyers pour adultes. Ces lieux d’accueil pour enfants doivent rester des lieux d’accueil pour enfants car avec le temps ce dispositif est devenu “un facteur de risques pour les violences sexuelles”. (Michèle Meunier)
De la formation à tous les niveaux
L’impérieuse nécessité de se former à tous les niveaux est aussi revenue dans de nombreuses interventions. Il faut former aux violences sexuelles, à leurs symptômes, leurs conséquences et pour les familles et les éducateurs se former aussi à l’accueil de la parole de l’enfant victime. Il appartient ensuite aux enquêteurs de la police et de la gendarmerie de recueillir cette parole. Des outils existent déjà comme le protocole RICHD qui permet de préparer les entretiens et enseigne comment ne pas influencer le témoignage de la victime. Ces outils sont en train d’être améliorés pour s’adapter aux différents handicaps.
La prévention auprès des jeunes doit être une priorité
La question du rapport au corps est aussi centrale pour des enfants qui sont “plus objets de soin que sujets de droit”. (Adrien Taquet) L’EVARS l’éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle, obligatoire au sein de l’Education Nationale, est ici encore au stade embryonnaire. Il y a pourtant urgence à apprendre aux enfants porteur de handicap à distinguer “ce qui relève du soin et ce qui relève de la violence”. (Charlotte Parmentier-Lecocq 3). Pour ces enfants la notion de consentement est particulièrement critique : “consentir c’est accepter de participer à quelque chose dont on comprend le sens”. Et cette question du consentement et de la soumission est délicate pour eux car “Comment savoir si ce que je vis n’est pas normal puisque ce que je vis n’est pas normal ?” (Esther Garcia-Brotons 4)
Ce colloque le dit, la prise de conscience avance, la vague #MeToo a franchi les murs des institutions, les pratiques ont évolué, mais cette mutation est d’autant plus difficile que le secteur de la protection de l’enfance traverse “une crise inédite”. (Sébastien Fosse5)
➡️A lire ce très beau roman Des enfants uniques de Gabrielle de Tournemire chez Flammarion qui raconte l’histoire d’amour de deux jeunes personnes porteuses de handicap.
➡️Autour de l’inclusion et du handicap je vous recommande également la BD ULIS de Fabien Toulmé chez Delcourt.
- Adrien Taquet Ancien : secrétaire d’État chargé de l’Enfance ↩︎
- Michèle Meunier : Ancienne sénatrice de Loire-Atlantique, ↩︎
- Charlotte Parmentier-Lecocq : Ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées ↩︎
- Esther Garcia-Brotons : Juriste chez Droits pluriels ↩︎
- Sébastien Fosse : Délégué Île-de-France de l’Association nationale des maisons d’enfants à caractère social (Anmecs) ↩︎