L’addiction, s’il vous plaît ! Confession d’un alcoolique en mode chien

🔴Nouveauté BD : Pourquoi boit-on ? Et comment se défaire de l’alcool ? Cet album n’est pas une thérapie, mais cherche à comprendre les origines familiales, psychologiques et culturelles de cette pathologie. Avec ses formidables dessins truffés de références à la pop culture, L’Addiction s’il vous plaît est un album à la fois drôle et profond pour réaliser que l’alcoolisme nous concerne tous. 

Après les agapes de cette fin d’année et le trop-plein de gras, de sucre et d’alcool, c’est rituel désormais : on commence l’année en se mettant au régime sec. C’est le Dry January.

Pas d’alcool pendant un mois. Pour la plupart d’entre nous, ce n’est pas vraiment compliqué, on redécouvre les vertus du thé vert et de la citronnade, à grand renfort d’eaux aromatisées. Mais pour certains, c’est beaucoup plus délicat. C’est le cas pour Terreur Graphique, cet auteur de bande dessinée, qu’on retrouve chaque semaine dans Libération est malade de l’alcool, car oui, l’alcoolisme est une maladie.

L’alcoolisme une histoire de famille 

Son dernier album l’Addiction s’il vous plaît sort aujourd’hui et c’est un vrai, coup de cœur : autant pour la qualité et l’ingéniosité de ses dessins, que pour la force de son témoignage.

Terreur graphique est né à la fin des années 70. Aussi loin qu’il se souvienne, l’alcool a toujours été à ses côtés. Son père est un vrai pochetron qui passe son temps au PMU et cogne sur son fils dès que le vin tourne dans ses veines. L’album aurait dû s’appeler Le chien de la case et tout au long Terreur Graphique file la métaphore avec le chien et cette chienne de vie que lui a fait mener l’alcool. Il lui faudra avoir dépassé les 40 ans et détruit beaucoup autour de lui pour se reconnaître alcoolique et réussir à enlever le masque de chien que son père lui avait transmis. 

Ne pas rester seul, être accompagné pour s’en sortir

Il insiste beaucoup sur l’importance du CSAPA, le Centre de Soin d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie qui l’a accompagné. Des gens incroyablement dévoués qui l’ont aidé à réaliser qu’il était malade. L’image où il réussit à dire “mais alors je suis alcoolique” est vraiment parlante : sa tête jaillit de son corps comme un bouchon d’une bouteille.

Sur la couverture, il se représente en chien assis à une table de café très digne, très droit en train de se verser la dernière goutte d’une bouteille de rouge. A l’intérieur, les images témoignent d’une autre réalité, où il rampe plus souvent qu’il ne se tient debout, où il peine à articuler et à retrouver son chemin. Une fuite dans l’alcool pour oublier ses peurs. Il le dit “l’alcool était une potion magique. Ce n’est pas que je n’avais plus peur, plus peur de la mort, j’en avais plus rien à foutre de la mort. Et même de la vie, en fait.

L’abstinence, un Graal toujours fragile

Cette BD est sous-titrée Confession d’un alcoolique qui se soigne. Terreur Graphique n’en a pas terminé avec l’alcool. Aujourd’hui, il vit sobrement, mais sait qu’il peut rechuter comme cela lui est déjà arrivé après 500 jours d’abstinence. 

L’alcool en France, une histoire culturelle

L’addiction s’il vous plaît est le récit intime d’un combat contre l’alcool. L’alcool, c’est toujours une histoire très personnelle. Chez Terreur Graphique, l’alcool est un héritage familial et les conséquence d’un TDAH (Trouble de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) mais cette histoire est aussi la nôtre. Le récit de Terreur Graphique est bourré de références à la pop culture et à notre histoire française. Une façon de réaliser que l’incitation à boire est partout et depuis tellement longtemps. 

Avec ce livre, nous réalisons qu’en finir avec l’alcool est un combat individuel qui nécessite le soutien de tous, et c’est peut-être ça le vrai message du Dry January ?

➡️L’addiction, S’il vous plaît ! Un album de Terreur Graphique publié chez Casterman

➡️Et je vous renvoie aussi vers l’émission Effervescence de Janvier 2024 : Boire et déboires au pays de l’Assommoir