🔴Au cinéma : il y a soixante ans, le régime nazi se retrouvait sur le banc des accusé dans un procès qui fera date. Comment juger ces hommes ? Comment juger l’histoire ? Des questions au cœur du nouveau film de l’américain James Vanderbilt. Cette très impressionnante reconstitution du procès de Nuremberg est porté par un Russel Crowe fascinant.

Hermann Göring n’est pas mort aux côtés d’Hitler dans son bunker berlinois. Au début du film de James Vanderbilt, en salle depuis ce mercredi, on assiste à sa capitulation. Au milieu d’une scène d’exode, Hermann Göring, énorme, engoncé dans un costume d’apparat bleu ciel, bâton de maréchal à la main, descend d’une magnifique voiture et se rend aux soldats allemands.
Pourquoi cette reddition ?
C’est l’une des questions à laquelle essaie de répondre ce film en scrutant la personnalité complexe de celui qui fut l’un des plus proches collaborateurs du Führer. Pour tenter de le percer à jour, nous suivons le psychiatre américain Douglas Kelley chargé d’évaluer la santé mentale des hauts dignitaires nazis et déterminer s’ils sont aptes à être jugés.
Car c’est là toute la question : comment juger ces hommes et d’ailleurs fallait-il les juger ? Une exécution expéditive au moment de leur arrestation n’aurait-elle pas été préférable ? C’est la thèse de Winston Churchill. Mais les Américains ne veulent pas faire de martyrs et les Soviétiques aiment les grands procès. C’est la méthode américaine qui l’emporte et vingt-quatre dignitaires du régime nazie seront donc jugés dans la petite ville allemande de Nuremberg.
Un procès historique
Ce film réussit l’exploit de faire tenir dans un seul souffle (de deux heures trente quand même) un procès historique qui aura duré plus de 10 longs mois du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946.
À travers la figure du procureur américain Robert Jackson (Michael Shannon), on assiste à la naissance d’un droit international. Dans ce procès, tout est historique, tout fera date. L’ampleur des crimes, la place des accusés dans la chaîne de commandement, le nombre de journalistes dans le prétoire, la traduction simultanée, la longueur du procès, le nombre de pièces à conviction.
Le film dans le procès
Le procès de Nuremberg entretient aussi un lien particulier avec le cinéma. D’abord, et là encore, c’est une première, il est filmé de bout en bout. Mais surtout pour la première fois, il fait appel à des films comme pièces à charge.
Les Russes et les Américains ont filmé la découverte des camps. La projection de leurs images fera basculer le procès.
Le moment au cœur du film où James Vanderbilt insère un long extrait de 6 mn du film d’une heure projeté en 1945, est très éprouvant, d’autant plus éprouvant quand on réalise, que nous, spectateur de 2026, nous connaissons ces images alors que le public du procès découvre pour la première fois, ce que fut vraiment l’horreur des camps.
Göring, figure du monstre ?
Ce film est donc un film de procès, c’est aussi un film de cellule. Avec beaucoup de scènes de dialogue entre Göring et le psychologue.
Russell Crowe nous offre ici une incarnation bluffante des derniers jours du numéro 2 du régime nazi. Un Göring, tout en manipulation. Mais Göring est-il un monstre ou juste une des faces sombres de l’humanité ? Peut-on échanger de façon anodine avec lui comme le fait le psy Douglas Kelley interprété par Rami Malek. Ne joue-t-il pas un jeu dangereux ? Comment ne pas céder à la fascination, répulsion qu’exerce sur lui le chef nazi ? Et puis n’est-il pas aussi mégalomane que son patient ? A travers ces échanges, c’est bien la question de l’incarnation du mal qui se pose à nous.
Un film utile pour un combat sans fin
En face de ce duo, il y a le juge qui porte ce procès à bout de bras. Il est l’image de l’honnêteté et de l’élégance même si, bien sûr, il a, comme chacun, quelques ambitions.
Et puis il y a la figure de la bonté. Ce traducteur, le sergent Howie Triest (Leo Woodall très bien) va pendant tout le procès côtoyer ces bourreaux nazis. Ce n’est qu’à la toute fin du film que l’ on comprendra son histoire à l’issue d’un long monologue éblouissant. Ce jeune homme accompagnera jusqu’au bout ces tortionnaires, les aidant même, dans un geste magnifique d’humanité, à marcher jusqu’à l’échafaud.
Howie s’était promis de se remettre à fumer à la fin de la guerre. Le procès terminé, on le voit sortir une cigarette et puis renoncer à l’allumer. La guerre contre l’antisémitisme et la barbarie est un combat sans fin.
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