Une BD au cœur du mouvement des Colleuses

🔴Nouveauté BD : NOUS SOMMES LA VOIX DE CELLES QUI N’EN ONT PLUS est une enquête dessinée signée Paola Guzzo et Cécile Rousset pour interroger l’origine du collectif des Colleuses, un mouvement inédit né en France à l’été 2019 ou comment des jeunes femmes se sont emparées des murs des villes pour dénoncer l’indifférence aux féminicides.

Peut-être avez-vous déjà vu sur les murs de nos villes, ces slogans qui dénoncent les féminicides et les violences faites aux femmes ?

UN METRO TOUTES LES 3 MINUTES UN VIOL TOUTES LES 7 MINUTES

ELLE LE QUITTE IL LA TUE

L’AMOUR NE FAIT PAS DE BLEU

Une vraie trouvaille graphique dans l’esprit du street art

Des lettres majuscules noires sur fond blanc, une feuille A4 par lettre et une feuille A4 blanche pour chaque espace entre les mots. Une esthétique bien standardisée pour bien les repérer sur la voie publique. Le concept est né à Paris à l’été 2019 et se disséminera ensuite très vite dans toute la France, et même dans le monde entier. Ces slogans, entre le haïku et le cri de ralliement sont l’œuvre des Colleuses, un collectif informel, mais pas tant que ça.  

Des mots sont souvent accusatoires  

LA COLLE EST SUR NOS MAINS LE SANG SUR LES VÔTRES

TREMBLEZ LA COLERE DES FEMMES GRONDE

ON ARRETERA DE COLLER QUAND VOUS ARRETEREZ DE NOUS TUER

Mais ce sont aussi des paroles de soutien aux femmes et des hommages, « des femmages« , à celles qui n’ont pas survécu à leur conjoint.

TU N’EST PAS SEULE

VIOLENCES CONJUGALES NOUS VOULONS QUE LA PEUR CHANGE DE CAMPS

NOUS SOMMES LA VOIX DE CELLES QUI N’EN ONT PLUS.

Un mouvement emblématique de la lutte des femmes

Dans cet album, Paola Guzzo et Cecile Rousset retracent l’origine de ce mouvement des colleuses. Une jeune histoire, à peine six ans, qui a imprimé les luttes féministes sur les murs de nos villes. Un mouvement innovant, sorte de happening nocturne, mais qui s’inscrit aussi dans la lignée de toutes celles qui depuis longtemps utilisent l’art et la publicité pour faire entendre leurs revendications d’égalité et d’émancipation ainsi que la dénonciation des maltraitances et de la violence des hommes.

Sortir Coller : une expérience fondatrice

Alors il y a ces mots collés sur les murs, mais il y a aussi ces sorties pour mettre en place ces collages et la préparation de ces excursions. Ce sont à chaque fois, et c’est ce que raconte cette bande dessinée, des expériences très fortes pour les participantes. Il y a la désobéissance civile, la transgression de la loi et le risque d’être interpellée par la police. Il y a aussi la peur d’être agressée par ceux qui n’apprécient pas leur démarche. « Sortir coller », c’est une façon de se réapproprier l’espace public et de dire nous aussi “la nuit nous appartient”. Le collage se fait le plus souvent entre femmes, « en non-mixité, » même si certains groupes ont intégré des hommes, et beaucoup parlent désormais de “coleureuses” et non plus seulement de colleuses.

Une fondatrice contestée

Cette enquête dessinée n’élude rien et surtout pas le fait que les colleuses ont été fondées par Marguerite Stern. Cette activiste féministe, ancienne Femen a quitté le mouvement des colleuses six mois après l’avoir crée. Elle s’opposait à ce que les colleuses accueillent en leur sein des personnes transsexuelles. Elle navigue désormais dans les sphères d’extrême droite et le mouvement des colleuses n’a plus rien à voir avec elle.

Collage et convergence des luttes

Cet album est aussi l’occasion de réfléchir au sens des mobilisations féministes, d’interroger leurs contradictions, car ce mouvement des colleuses est un résumé de toutes les tensions qui ont pu traverser la défense des droits des femmes. Avec le temps, les revendications se sont élargies, de la dénonciation des féminicides, ce sont maintenant toutes les violences et toutes les discriminations qui sont mises en exergue. Désormais, on colle contre l’homophobie, la transphobie, le racisme même si la matrice du mouvement reste le féminisme, mais un féminisme intersectionnel qui intègre toutes les luttes.

➡️NOUS SOMMES LA VOIX DE CELLES QUI N’EN ONT PLUS est signé Paola Guzzo et Cécile Rousset et est publié chez Actes Sud BD

➡️Je vous renvoie évidemment sur l’autre grande BD de cette rentrée sur l’histoire du féminisme Les Combattantes publiée chez Delcourt