Photo climat place de la Concorde : des images et des histoires
Pour sa 3eme édition, la Biennale PHOTOCLIMAT est plus que jamais une vitrine pour des ONG et des fondations qui relaient ainsi leurs engagements grâce au travail des photographes. Une dizaine de reportages photo, très grand format, sont présentés au public dans une place de la Concorde rendue aux piétons.

“Rencontrer Bruce Lee et lui apprendre à jouer à la pétanque.” C’est ce que répond Guy quand on lui demande avec quelle personne célèbre, il aimerait partager un moment. Guy a été photographié par Sacha Goldenberg dans le cadre d’un projet avec Les petits frères des pauvres, une association qui lutte contre l’isolement des plus âgés. Dans Solitude augmentée, des hommes et des femmes accompagnés par Les petits frères des pauvres sont photographiés dans leur intérieur et racontent leur ami imaginaire. Ces photos sont actuellement présentées Place de la Concorde et grâce à un flashcode, en tendant son portable, on peut entendre Guy et les autres nous parler de Jeanne Moreau, Simone Veil, Napoléon et donc Bruce Lee.
Chaque photo est une histoire.
Si vous arrivez par les Tuileries, vous serez accueillis par le regard troublant d’un grand singe photographié par Tim Flach. « Qu’avez-vous fait de notre terre ? » semble-t-il nous dire. Car de photo en photo, il est question de guerre, d’exil, de saccage des terres, de pollution. La folie des hommes est là et nous interroge. Telle cette petite fille que l’on découvre sur sa barque au milieu d’une nature luxuriante avec sur son t-shirt une photo du Joker. Chaque photo est une histoire. Il y a cette vieille femme ukrainienne qui raconte comment elle a dû se terrer dans sa cave des jours et des jours et comment elle doit sa survie à ses conserves de légumes.
Beaucoup de reportages interrogent la notion de chez soi, de foyer. Qu’est-ce que ça veut dire habiter ? Et qu’est-ce que ça veut dire habiter cette terre ? On pourra rester de longues minutes devant le mystérieux travail de Sandrine Elberg soutenu par Médecins du monde qui va de l’infiniment petit à l’infiniment grand. La terre à toutes ses échelles est marquée par ce que nous lui faisons subir, mais en retour nos corps sont traversés par les souffrances de la terre. Et en regardant ces photos, on se dit que nous ne sommes que poussière d’étoiles.
Pour les enfants, une chambre à soi
Et dans ce monde de folie, les enfants tentent de se faire une place. James Mollison a voyagé sous toutes les latitudes pour photographier des chambres d’enfants. Le portrait de chaque enfant et une petite biographie sont présentés en regard de la photo de sa chambre. Certains vivent dans des yourtes, d’autres dans des vans, d’autres encore ont tout perdu en fuyant la guerre. On voudrait se raccrocher à ceux qui semblent plus privilégiés, mais ces petites filles, déguisées en mini miss, n’ont rien de rassurant. Et je ne suis pas prête d’oublier Alex, neuf ans, qui vit dans les rues de Rio de Janeiro et dont la photo du visage était accolée à celle d’un vieux canapé déglingué.
Interroger la fabrique des images
Et à côté de tous ces reportages qui soulignent la déliquescence sociale et écologique de notre monde et le courage de ceux qui tentent de bâtir autre chose, un projet semblait un peu à part. Jojakim Cortis et Adrian Sonderreger ont travaillé sur les plus célèbres photos de presse. L’empreinte du premier pas sur la lune, le naufrage du Titanic, l’homme arrêtant une colonne de chars place Tien an men … En studio ils ont reconstitué ces scènes grâce à des maquettes hyperréalistes qu’ils ont à leur tour photographiées mais en agrandissant le cadre pour que l’on voit le matériel nécessaire à leur réalisation. Comme une invitation à toujours interroger les images et leur fabrication …
Place de la Concorde, on voudrait pouvoir douter de la véracité des images présentées, mais non le réel est bien là qui s’offre à nous à travers l’objectif des photographes.
Photoclimat c’est jusqu’au 12 octobre 2025