🔵Carnet d’expositions : L’Institut du Monde Arabe présente Byblos, une cité millénaire du Liban. Une manifestation culturelle qui s’ouvre alors que des bombardements israéliens meutrissent à nouveau le pays du cèdre.

C’est une exposition d’une infinie tristesse. Tout nous rapporte à la guerre. Dès le début du parcours, un cartel nous explique pourquoi certaines vitrines sont vides.
Les œuvres, qu’elles devaient accueillir, n’ont pu être acheminées en raison de l’offensive israélienne au Liban. Et l’Institut du Monde Arabe de dédier cette exposition à la population libanaise, première victime de ce conflit.
Les visiteurs ne sont pas là par hasard. Découvrir cette exposition, c’est pour beaucoup une façon de rendre hommage au peuple libanais qui depuis tant d’années se bat et se débat avec ses démons, mais surtout ceux de ses voisins.
L’exposition devait célébrer la richesse et le dynamisme de Byblos, cité portuaire au bord de la Méditerranée qui prit son essor près de 9000 ans avant notre ère, devint 6000 ans plus tard, un carrefour entre les civilisations égyptiennes et babyloniennes et s’enrichit grâce au commerce du bois et du papyrus.
Stèles gravées, fragments d’architecture, objets rituels et instruments de navigation se découvrent devant nous. Mais le ciel a beau être d’un bleu immense, les lignes épurées, la beauté des traces de cette civilisation indéniable, nous regardons cette exposition avec en tête les images du drame qui se joue là-bas.
Premier flash saisissant de cette exposition, ces ancres antiques qui devinrent ensuite des ex-voto et sont installées sur du sable fin comme autant de pierres tombales. La Méditerranée n’était pas encore le cimetière qu’on connaît, mais dans notre tête les liens se font.
Et partout, la guerre se prépare. Les temples abritent des caches d’armes. Ils servent d’offrande aux dieux, mais pourront être utilisés ou fondus selon les besoins.
Un peu plus loin de toutes petites figurines d’hommes en marche, forment une dérisoire armée. Dérisoire Liban.
De nombreuses jarres funéraires ont été retrouvées et sont présentées. L’une d’elles est exposée, avec encore au creux d’elle, les restes d’un enfant. Et nous, nous pensons à d’autres enfants…
L’exposition se termine avec l’invention de l’écriture, l’alphabet phénicien dont découlent toutes les écritures modernes. Byblos est connu pour le commerce des papyrus, c’est de ce papier végétal, ancêtres de nos livres, que lui vient son nom. Mais ce sont surtout les premières tablettes d’argiles qui ont réussi à voyager jusqu’à nous. Les maîtres de ces cités-Etats s’écrivaient et écrivaient aux dieux. Et ces fragiles tablettes sont des vestiges diplomatiques : il s’agissait alors de trouver une langue commune pour apprendre à se parler…

Pour les équipes qui ont préparé cette exposition, Byblos, cité millénaire du Liban témoigne d’une époque où cet espace du Levant était un lieu d’échange, de communication, où se métissaient les langues comme les spiritualités, à des siècles de ce qui se joue là-bas actuellement.
Cette exposition souhaitait nous faire voir ces trésors comme des ferments de paix. Mais nous, nous avons eu bien du mal à oublier la guerre.
➡️Byblos, une cité millénaire du Liban est à découvrir à l’Institut du Monde Arabe, jusqu’au 23 aout 2026