Peacock : Louez un ami qui vous veut du bien

Matthias peut être un ami cultivé. Il sait aussi jouer les fils aimants, les pères attentionnés, vous aider à préparer une dispute conjugale ou vous accompagner dans une visite d’appartement ou à un concert, mais le soir quand il rentre chez lui, Matthias ne sait plus qui il est et continue de jouer un rôle.

Mathias travaille dans une agence de location d’amis. Ces entreprises font florès au Japon depuis quelques années, mais ici, nous sommes en Autriche dans un futur très proche où toutes les relations sociales ont été aseptisées et où il ne fait pas bon être seul. Dans cette tragi-comédie, Bernard Wenger sait nous faire rire avec des effets visuels appuyés qui font mouche, il est surtout impitoyable pour traquer le besoin de paraître, les faux-semblants et l’hypocrisie de la haute société autrichienne.

Le comédien Albrecht Schuch excelle pour montrer l’épuisement de son personnage en plein burn out, incapable d’exprimer ses émotions. Un dérèglement intérieur qui nous plonge dans une ambiance des plus étrange quand les machines, dans une sorte d’écho, refusent désormais de lui répondre. Comme si ouvrir les yeux sur sa condition était le grain de sable dans une mécanique bien huilé. Mais l’ultime scène où il se présente enfin en vérité (et complètement nu) nous fait un peu trop penser à la scène culte de The square (Ruben Ostlund 2017) pour nous embarquer complètement. 

Si le paon (peacock en anglais) avec sa roue est l’animal totémique du film, on gardera aussi en mémoire la scène d’ouverture où Mathias tel un héros éteint l’incendie… d’une voiturette de golf. Quand tout n’est plus qu’illusion, les repères glissent et disparaissent.

Peacock de Bernard Wenger en salle le 18 juin