Recherche Licornes désespérément

🔵​ Carnet d’expositions : Dans la dernière exposition du Musée de Cluny, on découvre des unicornes venues de tous les horizons et quasiment de toutes les époques.

La Licorne du peintre Arnold Böcklin (1827-1901) a un air un peu bovin pas vraiment gracieux . A un péquin qui s’en étonnait en lui disant, “Mais ce n’est pas comme ça une licorne !” L’artiste, sûr de lui, aurait  rétorqué : “Parce que vous en avez déjà vues ?

Elle est bien là, la mystérieuse équation : tout le monde sait à quoi ressemble une licorne même si personne n’en a jamais vue.

Une exposition à l’étroit

Pour la directrice du Musée de Cluny, la licorne symbolise le mythe de l’inaccessible. Un mythe qui a traversé les âges et fascine encore les jeunes générations. Il paraît d’ailleurs que les enfants, les ados comme ceux et celles que l’on qualifie aujourd’hui de young adults étaient nombreux à se presser au Musée Barberini de Postdam en Allemagne pour la première édition de cette exposition réalisée conjointement par les deux institutions. A ce sujet, la présentation des licornes aurait pu être un peu moins timorée, oser la confrontation entre les époques, et pourquoi pas même flirter avec le sacrilège en présentant des images issues de la pop culture. Alors, oui, les pièces proposées sont somptueuses. Le travail scientifique a été, nous dit-on, très important pour retrouver ces licornes. Le catalogue est impressionnant, mais là aussi, on aurait aimé plus de générosité dans le partage. La faute peut être à l’étroitesse des lieux qui font de cette exposition quelque chose de très resserrée. Le clou du spectacle, qui termine la visite, demeure la magnifique salle qui, tel un écrin, renferme les tapisseries de la Dame à la licorne. On a beau connaître ces images, se retrouver face à elle est toujours un enchantement. 

Auparavant, on aura pu admirer au sein du frigidarium quelques pépites.

Un Qilin, figure funéraire chinoise est la plus vieille représentation de licorne datant de 220 ans avant notre ère. On est quasiment dans l’art abstrait, ne demeure de la licorne que sa corne et sa queue. Un peu plus loin, une chasuble brodée d’une licorne rappelle que si l’animal a été un symbole de la vierge, il a été aussi un symbole christique durant tout le Moyen age. Il y a aussi ce buste d’enfant en bois tenant dans ses bras un bébé licorne. 

Presque à la fin de l’exposition, on retiendra cette tapisserie contemporaine de Suzanne Husky. Les commissaires n’ont pas osé terminer avec elle, mais c’est bien elle que l’on a en tête en quittant le musée. Le fond reprend les mille fleurs et les petits animaux tant appréciés des célèbres tentures de la Dame à la licorne, mais les deux héroïnes ont disparu laissant la place à un homme de dos et à une énorme tractopelle arrachant les arbres qui tiennent encore debout. 

Si la licorne est un rêve, son absence devient un cauchemar.

➡️L’exposition Licornes ! est à découvrir à Paris au Musée de Cluny jusqu’au 12 juillet