« Ce qu’il reste de nous » l’histoire des Palestiniens à travers trois générations

🔴Au cinéma : Comment raconter la tragédie palestinienne ?Comment dire l’attachement à la terre, son arrachement aussi ? Et comment montrer ces traumatismes qui se transmettent depuis tant d’années ? Pour raconter l’histoire des Palestiniens, la cinéaste palestino-américaine Cherien Dabis a choisi de réaliser une fresque familiale, inspirée de sa propre histoire. 

Ce qu’il reste de nous est un film très accessible. La volonté de toucher le grand public est palpable et les comédiens sont formidables (mention particulière pour les enfants et Mohammad Bakri disparu en décembre dernier).

1948 l’année charnière

Jaffa, 1948, l’Union Jack est retiré et on hisse les couleurs israéliennes, c’est la fin du protectorat britannique. D’un côté la création d’Israël, de l’autre, la Nakba. D’un côté, pour soulager sa conscience des crimes de la Shoah, la communauté internationale valide la création de ce nouvel État. De l’autre, la catastrophe (c’est le sens du mot nakba), les Palestiniens chassés de leur terre, de leur maison, attendent, et ils attendent encore, le soutien des pays arabes. Ce qu’il reste de nous donne des images à la Nakba. Ce qui avait été trop peu fait au cinéma. Quand l’armée israélienne arrive aux portes du domaine de cette riche famille palestinienne de propriétaires terriens, la question taraude Sharif le père : Faut-il partir en Jordanie se réfugier chez les cousins ou rester pour protéger sa maison et ses orangers ? Rester ou partir, le dilemme ne cessera désormais de hanter les Palestiniens. 

Le cycle infernal de la violence

En filmant cette famille sur trois générations, la réalisatrice veut faire mentir l’adage qui a pu circuler à une époque d’Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Avec son film, elle rappelle aussi que la  Palestine, ce n’est pas qu’une terre et un peuple, c’est aussi toute une culture d’où l’importance de la poésie que Sharif apprend à ses enfants.

Au cœur du film, une scène d’humiliation d’un père devant son fils est un moment clé pour comprendre comment le fossé devient gouffre et comment la haine se transmet. “Ils nous humilient pour voir la haine dans les yeux de nos fils” dira Salim. Nous sommes en 1978 et le fils de Shérif, devenu instituteur, tente de résister à la spirale de la violence sous le regard de Nour, son petit garçon. Et puis viendra 1988 et  la première intifada et ce sera à Nour d’être emporté dans le vent de l’histoire.

Une deuxième partie plus intime

Si la première partie du film montre l’enchaînement impitoyable des affrontements, la deuxième partie est beaucoup plus intime. Elle pose la question de la commune humanité entre les deux peuples, de ce qui pourrait les réparer. Il y a cette belle figure d’imam qui tente d’éclairer des parents éplorés. Pas d’angélisme, on connaît l’histoire et l’angélisme est impossible mais quelques graines de bonté, qui pourraient donner à espérer sur une réconciliation possible en partant du soin à porter aux enfants. 

Cette dernière partie est bouleversante, mais le film se termine en 2022 et ce ne peut être un hasard. Un nouveau cycle de violences va s’ouvrir dans cette histoire terrible. Ce pari sur la vie pourrait-il être encore possible ? On voudrait le croire.