🔴Nouveauté BD : Le papa de Lou, est-il un super papa ou un dangereux manipulateur? Il faut parfois toute une vie pour discerner. “Vers la violence” est un très bel album en noir et blanc pour comprendre la notion de contrôle coercitif. Une histoire de résilience aussi, car les victimes ne sont pas condamnées à le rester. “Vers la violence” de Blandine Rinkel et Marguerite Boulanger, est publié chez l’Iconoclaste.

C’est une scène anodine qui ouvre cet album. Il y a un papa très grand avec une immense moustache noire qui lui barre le visage, et à côté de lui, une toute petite fille aux cheveux noirs. Ensemble, ils jouent au jeu de la barbichette. “Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura une tapette.” Il y a tout dans cette scène, un papa joueur et terrifiant à la fois, car au-dessus du dessin, Lou a écrit : “Il me tient par le menton et j’ai peur de mourir.”
Car Lou le sait bien, son papa ne sait pas mettre des petites tapettes…
Un papa terrible
Son papa, c’est pourtant un super papa. Il est policier, il sait inventer plein de jeux, plein d’histoires, il peut même tirer avec son pistolet. Mais parfois, le papa de Lou se met en colère, en très grosse colère. Parfois, c’est à cause de Lou et parfois, on ne sait pas … Peut-être que c’est à cause de sa vie d’avant ? Un jour, alors qu’il n’était pas content du tout, il a crié sur Lou et il lui a dit, “quand je vais mourir, je t’interdis de venir à mon enterrement…” C’est terrible de dire ça à une si petite fille.
Ca commence où la violence ?
Pas facile de grandir quand on aime autant son père, qu’on en a peur. Quand on peut dire à la fois : mon père ce héros et mon père cet ogre.
Pourtant, dit Lou, “il ne l’a jamais frappée avec ses poings”. C’est vrai, mais ce qui est vrai aussi, c’est que Lou peut faire la liste de toutes les menaces, toutes les manipulations et toutes les violences qu’elle a subies, que sa mère a subies, alors oui jamais avec les poings… Ça commence quand la violence ? Et à partir de quand peut-on dire qu’on vit dans une famille dysfonctionnelle ?
Le contrôle coercitif
C’est de tout cela dont il est question dans ce magnifique album. Une illustration terrible de cette notion dont on parle de plus en plus, le contrôle coercitif. Le contrôle coercitif désigne un continuum de violences, d’humiliations et de manipulations dans le but de maintenir une domination sur sa victime. Et c’est bien ça cette histoire.
“Vers la violence” est une adaptation tout en noir et blanc du roman de Blandine Rinkel. Les dessins de Marguerite Boulanger empruntent des traits naïfs pour renforcer la force de ce récit à la première personne.
Une histoire de résilience
Cette histoire, c’est une histoire de résilience. C’est en rencontrant un amoureux gentil (oui, ca existe !), et en pratiquant la danse que la petite Lou deviendra une femme autonome et indépendante qui aura la force de dire non à son père et de regarder en face sa violence.
Cet album, c’est aussi l’histoire d’un homme blessé qui glisse dans l’alcool et l’autodestruction, emportant sa famille dans son sillage. Et on se dit qu’il y aurait sûrement des accompagnements, des soutiens à apporter à toutes ces familles en difficultés, avant que la haine de soi et des autres ne brise tout sur son passage.
On referme cette histoire, bouleversée par ces mots d’enfants. Des mots qui sont comme un appel, une fois encore, à être attentif à la souffrance des plus petits.
➡️ « Vers la violence » de Blandine Rinkel et Marguerite Boulanger est publié chez l’Iconoclaste.