Au Petit Palais : une déclaration d’amour aux artistes

🔵​ Carnet d’expositions : Avec visages d’artistes de Gustave Courbet à Anette Messager, le Petit Palais propose une réflexion sur la figure de l’artiste d’hier à aujourd’hui

L’Autoportrait au chien noir de Gustave courbet est probablement le premier autoportrait de celui qui en fit tant. Sa première œuvre acceptée au Salon aussi. Et c’est elle qui nous accueille au Petit Palais pour cette exposition consacrée à la figure de l’artiste. On dirait bien que Courbet toise les Parisiens, pas peu fier de lui et de sa campagne franc-comtoise dont on devine les paysages juste derrière.

Ça c’est pour le côté face de l’expo, mais côté pile, tout juste au dos de Courbet, il y a une sculpture en résine hyperréaliste d’Hélène Delprat. Une plasticienne qui ce jours-là cabotinait un peu, visiblement gênée de se retrouver à côté de ce clone, incapable de se rappeler pourquoi elle s’était lancée dans une telle aventure. Mais qu’il y a-t-il donc dans la tête d’un artiste ? 

L’artiste se représente, joue du miroir pour partager avec nous son ego trip, mais l’artiste est aussi représenté. Il est de ces personnes célèbres dont on reproduit le visage. Et nous de chercher dans le regard, les plis du front ou la forme d’une main, où se cache le génie où repose l’inspiration.

Et puis il y a son atelier, lieu de travail, mais aussi de démonstration. Artiste ou artisan ? Peintre ou mondain ? Tout dépend de la finalité du projet : montrer le travail ou la réussite ? Représenter un artiste, se représenter en artiste, c’est aussi s’inscrire dans l’histoire de l’art, tant la figure de l’artiste est un incontournable de notre alphabet pictural. Et ils le savent bien tous ces artistes, qui tous multiplient les références à ceux qui les ont précédés. 

Ainsi Claire Tabouret qui depuis 2012 réalise chaque jour un autoportrait et dont celui qui est présenté la montre portant une collerette tels les peintres de la renaissance hollandaise.

L’autoportrait outil d’introspection, les photographes ne sont pas en reste. On admirera la mise en scène ou plutôt la mise en costume très clinquante de Cyndy Sherman pastichant un célèbre portrait de Raphaël, on pourra préférer l’intimité bleutée de ce self portrait de Nan Goldin photographiant son visage dans le miroir d’une salle de bain.

La réussite de cette exposition, c’est d’avoir su faire se côtoyer les visages artistes d’hier et d’aujourd’hui, des stars internationales, des piliers de l’histoire de l’art comme des figures oubliées. Les conservatrices (et oui trois femmes) n’ont pas eu peur de confronter les œuvres. 13 artistes féminines d’aujourd’hui ont d’ailleurs été invitées à proposer une oeuvre pour compenser le déséquilibre homme-femme dans les collections historiques du musée.

On retiendra particulièrement cette Manifestation pour une deuxième grossesse de Nathaelle Herbelin. La peintresse (he oui c’est ainsi qu’il faut dire !) s’est représentée enceinte en train de peindre, une petite fille jouant à ses pieds. Là aussi, il est question de miroirs, d’intériorité et évidemment du mystère de la création. 

Quant à Apollonia Sokol, son triptyque interprète Le sommeil de Courbet dans une scène d’atelier où elle pose avec ses assistantes. Quand un portrait intime devient un manifeste politique.

La visite se termine par une œuvre monumentale des plasticiens d’Anne et Patrick Poirier qui se représentent en Janus, le dieu au visage double regardant à la fois vers l’avenir et vers le passé. Et on découvre enfin grâce à leurs deux crânes siamois ce qu’il y a à l’intérieur de la tête des artistes : des ruines antiques pour lui, une architecture en escalier pour elle.

Une exposition qui n’est finalement qu’une déclaration d’amour aux artistes.

➡️ L’exposition Visages d’artistes, de Gustave Courbet à Annette Messager est à découvrir à Paris au Petit Palais jusqu’au 19 juillet.